Les 7 étapes-clés pour monter un dossier de subvention en béton


Argent, Music Business /
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Temps de lecture estimé : 25 min

Comment préparer un dossier de financement sérieux et efficace, SANS y passer 20 nuits blanches d’affilées ?

Voici la méthode que j’utilisais pour accompagner les musiciens et musiciennes dans le financement de leurs projets artistiques et qui m’assurait 84% de taux de réussite et une moyenne de 6.300€ d’aides obtenues par projet.

Contenu de l'article

Avant de commencer : Artistique VS. Économique

Le principe à garder absolument en tête

Avant de commencer, je t’offre LE conseil peut-être le plus important que tu dois garder en tête pour demander un financement.

Même si tu ne lis pas la suite de l’article, juste comprendre cela t’aidera.

Je sais que ça peut paraître parfois un peu brutal et contrariant, mais tu vas voir que c’est pas pour être méchante que je dis ça. C’est au contraire une excellente nouvelle et une très bonne chose :

TA MUSIQUE. ON S’EN FOUT.

D’où tu viens, qu’est-ce qui font tes parents, t’es “enfant de la balle”, tu joues de la trompette depuis l’âge de 5 ans : En face de toi, les mecs s’en contrefichent.

Explications.

Une demande de financement ce n’est PAS le Jury d’une émission de télé, ce n’est ni PopStar ni The Voice. Ce n’est PAS un Casting.

Je donne souvent cet exemple. Mais il est parlant je trouve.

Quand je demande un prêt à ma banque pour m’acheter une maison (oui, euh enfin ça m’arrive pas si souvent) :

Est-ce que j’ai envie que le banquier me donne son avis sur la couleur du papier peint ?? Ou qu’il me dise “Non. Franchement je ne finance pas parce qu’il n’y a de bidet dans la salle de bain” ? Ou bien “Mouais non je ne prête pas d’argent parce que je trouve qu’il n’y a pas d’âme qui se dégage de cette maison, pas d’histoire”.

Whaaat ?? Ça serait aberrant, n’est-ce pas ?

C’est PAREIL ici.

Donc, ne perds pas de temps à raconter pendant 10 pages tes inspirations romantiques ou tes recherches esthétiques, on s’en fiche. Ne stresse pas pour ça. Ne te justifie pas sur l’artistique. Personne ne va te juger sur la qualité “artistique” du projet.

Insiste plutôt sur la viabilité économique et l’intelligence stratégique et commerciale de ton projet.

N’oublie pas que, quand tu demandes de l’argent pour financer ton projet, tu te places sur le terrain … de l’argent, c’est-à-dire sur le TERRAIN ÉCONOMIQUE.

C’est donc l’aspect économique de ton projet qui va intéresser EN PRIORITÉ.

Rappelle-toi toujours pourquoi en face on va te donner de l’argent. Pour défendre quoi, remplir quelles missions, quels objectifs. Et surtout, en quoi, aider ton projet va leur permet de remplir leur mission.

Je ferme la parenthèse. Allons-y pour les étapes indispensables à respecter pour monter un dossier de financement.

Étape 1 : Identifier les organismes et les aides qui financent les projets musicaux

Première étape, évidente en théorie. Sauf que parfois on a du mal à s’y retrouver et on ne connait pas toutes les aides qui existent.

Je te mets ci-dessous une liste des principales aides qui existent aujourd’hui pour financer des projets musicaux : que ce soit des enregistrements, des clips, des concerts, showcases, des festivals, la composition de musiques de films…

Mais il faut que tu vérifies si elles existent toujours au moment où tu fais ta demande ou s’il n’y en a pas d’autres qui ont été créées.

Et oui, les programmes d’aides évoluent en fonction des besoins du secteur et des professionnels de la musique.

Les organismes de gestion collective

>> L’ADAMI

adami

C’est l’organisme qui gère les droits voisins des artistes-interprètes dits « principaux » (musiciens, comédiens, danseurs…) issus de la diffusion de leur travail (à la radio, dans les lieux publics…)

Va voir sur le site de l’Adami la présentation des aides existantes :

  • Aides au spectacle vivant
  • Aide à l’enregistrement
  • Aide à la promotion des enregistrements

Si tu ne vois pas trop ce que c’est les droits voisins, tu peux lire ici l’article sur les droits des artistes-interprètes.

>> LA SPEDIDAM

L’autre société de gestion collective qui gère les droits des artistes-interprètes “d’accompagnement”.

Voir sur le site de la Spedidam toutes les aides proposées pour les projets musicaux :

  • BO pour spectacle dramatique et chorégraphique
  • Création et diffusion de spectacle vivant
  • Déplacement à l’international
  • EPK (Electronic Press Kit)
  • Musique de Film

>> LA SACEM

La Sacem, tu connais. C’est l’organisme qui gère les droits des auteurs et compositeurs de musique (et des éditeurs musicaux) issus de la diffusion de leurs oeuvres dans les lieux publics, à la radio, sur Internet…

Va voir sur le site de la Sacem, il y a plus de 40 programmes d’aides :

dont, par exemple :

  • Aide à l’autoproduction
  • Aide à l’accompagnement digital
  • Aide à la production de spectacle

>> LA SPPF

La société de gestion collective qui collecte et répartit les droits des producteurs phonographiques.

Si tu as un label et à condition d’être adhérent à la SPPF, tu peux bénéficier d’un certain nombre d’aides à la création :

  • Aide au disque
  • Aide à la vidéomusique
  • Aide au tour support
  • Aide à la promotion et au marketing
  • Aide au showcase
  • Aide à la formation artiste

>> LA SCPP

L’autre société de gestion collective qui gère les droits des producteurs phonographiques.

Pareil que pour la SPPF. Si tu es adhérent, la SCPP propose un certain nombre d’aides financières pour soutenir la création :

  • Aide à la création d’enregistrements
  • Aide à la diffusion de spectacle vivant
  • Aide à la création de vidéomusiques
  • Aide aux concerts (convention salle de spectacles)
  • Aide aux formations artistes

Attention : tu es adhérent soit à la SPPF soit à la SCPP, donc tu ne peux demander des aides qu’à la société à laquelle tu adhères, pas au deux.

Le Centre National de la Musique (CNM)

Comme tu dois le savoir, la création du Centre National de la Musique (CNM) a été validée et est en train de se mettre en place.

Le Centre National de la Musique va absorber un certain nombre d’associations et d’organismes qui proposaient jusqu’à présent des programmes d’aides pour la musique.

Mais du coup, il semble que tous les programmes d’aides vont être revus et “centralisés” au sein du nouveau CNM.

Je n’en sais pas plus aujourd’hui. Il va falloir suivre l’actualité.

En attendant que j’écrive un article sur le sujet, je t’invite quand même à aller voir le site des organismes qui vont bientôt faire partie du CNM. Ils sont importants.

Renseigne-toi pour voir s’ils proposent toujours leurs programmes d’aides cette année :

  • Le Bureau Export : l’interlocuteur privilégié pour les projets qui veulent s’exporter et se développer à l’international

D’autres organismes

En fonction de ton projet et de l’esthétique musicale, tu peux aussi aller voir par là :

>> MFA (Musiques Françaises d’Aujourd’hui)

MFA est un dispositif d’aide réservé aux enregistrements (phono ou vidéo) de musique des répertoires « classique contem­porain » (musique symphonique et lyrique, musique de chambre), jazz et musiques improvisées, musiques traditionnelles.

(NB : Voir si ce dispositif ne va pas être, lui aussi, absorbé au sein des programmes d’aides du CNM ?)

>> Musique Nouvelle en Liberté

L’association Musique Nouvelle en Liberté propose des aides financières aux orchestres, ensembles instrumentaux et vocaux, structures de musique de chambre, et aux festivals généralistes

>> Fondation Jean-Luc Lagardère : Bourse Musicien

On n’y pense pas souvent aux fondations. On les associe souvent à l’art contemporain peut-être. Mais n’hésite pas à chercher aussi dans cette direction si tu cherches des soutiens financiers pour ton projet.

Il y a notamment la Fondation Jean-Luc Lagardère qui propose une Bourse Musicien (cette année, elle est à 12.500€). Il y a 2 catégories de bourse : une pour les répertoire “Jazz et Musique Classique”, et même une pour le répertoire “Musiques Actuelles”.

Les financements publics

La différence avec les financements privés qu’on vient de voir, c’est que les financements publics sont accordés par des collectivités territoriales (région, département, commune).

Ça veut dire que l’argent qu’on t’accorde est de l’argent PUBLIC, donc l’argent de l’État, donc l’argent du CONTRIBUABLE.

Tu verras dans l’étape 2 en quoi c’est fondamental de bien comprendre ça.

>> La DRAC (Direction régionale des affaires culturelles)

C’est un service du Ministère de la Culture, donc de l’État. Les DRAC sont chargées de mettre en œuvre la politique culturelle définie par le gouvernement au niveau de la Région.

Il en existe donc une dans chaque région.

Chaque DRAC propose ses propres subventions et aides aux projets. Va voir directement sur le site de la DRAC de ta région.

>> La Région

Indépendamment des DRAC (qui sont un service de l’État “central” en quelque sorte), chaque région dispose également de son propre budget et propose aussi des aides pour les projets culturels, mais pas forcément musicaux.

Va régulièrement voir sur le site de ta région (les programmes peuvent être régulièrement renouvelés).

***

Bien sûr, je t’invite à compléter la liste si nécessaire. L’idée est vraiment d’élargir au maximum tes recherches.

N’oublie pas d’aller jeter un œil du côté des fonds européens si ton projet s’y prête.

A partir de là, tu vas faire une PREMIÈRE sélection des aides en fonction de la nature ton projet : enregistrement d’un album, financement d’une tournée, vidéoclips, spectacle jeune public, musique de film…

IMPORTANT : Garde en tête que parfois ton projet ne sera pas éligible pour une “aide à l’enregistrement” par exemple. Mais, tu vas t’apercevoir qu’il existe une “aide à la promotion de l’enregistrement”…

C’est pour ça que c’est bien d’aller voir toutes les aides qui existent même celles auxquelles on n’a pas pensé au départ.

Étape 2 : Comprendre la logique des financeurs

Adapter sa présentation

C’est la 2ème étape.

En fait, ce n’est pas vraiment une étape, c’est un préalable à n’importe quel travail que tu entreprends.

La question-clé à toujours garder en tête quand on prépare sa demande de financement et qui peut faire la différence, est :

(Tu dois finir par la connaître si tu lis le blog et la newsletter régulièrement !)

POURQUOI quelqu’un va donner de SON argent pour que TU puisses, TOI, réaliser TON projet artistique ?

C’est essentiel à comprendre pour mettre en avant certains aspects de ton projet plutôt que d’autres, et d’adapter la présentation en fonction de ton interlocuteur.

A TON AVIS :

Est-ce qu’une Banque, une Fondation dédiée à l’art contemporain, une Société de gestion des droits des artistes, un Fan sur une plateforme de financement participatif, vont t’aider pour les MÊMES RAISONS ???

Bien sûr que non, n’est ce pas ?

Alors, pour chacun des organismes que tu vas solliciter, pose-toi la question :

” En quoi le fait de financer mon projet va lui permettre d’atteindre ses objectifs ?

Cela implique de prendre en considération celui que tu as en face de toi.

Ce n’est pas uniquement TON projet et TON rêve qui compte.

Chacun suit ses propres objectifs, ses propres missions.

Les missions des organisations

Pour bien comprendre les missions et objectifs des organisations que tu sollicites, VA directement sur leur site et LIS leur présentation.

Oui, ça peut être aussi simple que ça.

Exemple de l’Adami

Sur le site de l’ADAMI, on peut lire dans la présentation de ses missions :

(je t’assure, prends juste UNE FOIS le temps de lire ces présentations, c’est important), je te mets même en gras ce qui est important :

« Fondée et administrée par les artistes depuis plus de 60 ans, l’Adami perçoit et répartit les droits des comédiens, des danseurs solistes et, pour le secteur musical, ceux des artistes-interprètes principaux : chanteurs, musiciens solistes et chefs d’orchestre pour la diffusion de leur travail enregistré.

[…] Elle favorise le renouvellement des talents et consolide l’emploi artistique au moyen de ses aides à la création, à la diffusion du spectacle vivant et à la formation professionnelle des artistes.

[…] Elle agit pour préserver et faire progresser les droits des artistes-interprètes : elle se mobilise pour faire évoluer les législations nationales, européennes et internationales en leur faveur. »

Qu’est-ce que ça nous dit ?

Que l’ADAMI est une société fondée par des artistes, pour des artistes professionnels et qui défend les droits et l’emploi des artistes-interprètes.

OK ? DONC, A TON AVIS :

Si tu veux enregistrer un album ou organiser un concert, que tu as 5 musiciens qui jouent, 1 ingé-son, mais que tu ne veux déclarer personne, et que tu vas juste leur filer 20 euros et 1 ticket de métro : Qu’est-ce qui va se passer à ton avis ? Est-ce que l’Adami va avoir envie de t’aider ?

Est-ce que financer un projet qui paye les musiciens comme des misérables entre dans sa mission de soutenir la création d’emplois ?

NON. Donc perds pas ton temps à envoyer un dossier à l’Adami.

Ce qu’elle va regarder en priorité est, ce qui constitue le coeur de sa mission : Est-ce que ton projet respecte les droits des artistes-interprètes et leur permet de gagner de l’argent ? Est-ce que l’argent que tu vas dépenser va revenir dans le circuit ? Est-ce que tu vas refaire CIRCULER l’argent dans le circuit économique de la musique ?

Exemple de la Région Ile-de-France

Autre exemple, cette fois-ci du côté des financements publics.

Il faut bien LIRE les missions qui sont énoncées et ne pas hésiter à reprendre des expressions ou des phrases dans sa présentation. En gras, les mots importants qui te montrent ce qui est important pour la Région.

« Objectifs

L’aide à la création poursuit les objectifs suivants :

Soutenir la vitalité de la création sur le territoire de l’Ile-de-France, la diversité des esthétiques, l’innovation artistique et le renouvellement des formes.

Favoriser l’élargissement de la diffusion des créations sur l’ensemble du territoire francilien et la circulation des œuvres auprès des publics.

Soutenir et améliorer les conditions d’emploi des artistes.

Encourager le développement de logiques partenariales entre différents acteurs culturels franciliens. »

Le maitre mot à garder en tête quand tu fais une demande auprès d’une institution publique c’est : INTÉRÊT GÉNÉRAL.

Une région, un département une mairie va aider un projet dans la mesure où celui-ci SERT L’INTÉRÊT GÉNÉRAL, donc a un impact positif auprès des citoyens sur son territoire. C’est ça que tu dois démontrer.

L’impact positif ici n’est pas nécessairement économique c’est vrai. L’essentiel est que tu démontres que ton projet permet à la région de remplir ses objectifs (“diversité”, “innovation”, diffusion auprès d’un public qui a peu accès à la culture, etc.).

Étape 3 : Vérifier TOUS les critères d’éligibilité des aides

Là, tu vas regarder une par une toutes les aides que tu auras sélectionnées à la première étape. Puis tu vas refaire une deuxième sélection et garder les aides pour lesquelles tu remplis les critères.

N’oublie pas qu’une des ressources vitales les plus précieuses dont tu disposes, qu’il faut essayer d’utiliser à bon escient et intelligemment, c’est :

Ton Temps…

Une fois, il y a quelques années, j’ai passé des heures à préparer un dossier pour finalement me faire jeter parce qu’il y avait un seul tout petit critère que je ne remplissais pas. Tu sais la petite phrase tout en bas en italique, le petit astérisque, la condition qui arrive tellement rarement que tu l’as même pas lu en fait 🙁

5 minutes d’attention m’aurait fait économiser 20 heures de travail inutile.

Franchement. J’avais envie de pleurer. C’est pour ça que j’insiste sur la nécessité de ne pas négliger cette étape qui, en plus, est assez rapide à vérifier.

Pour chaque aide que tu veux demander, je te conseille de créer un tableau sous forme de CHECK-LIST avec TOUS les critères demandés pour:

  • l’adhésion quand c’est nécessaire
  • l’ouverture de compte (la plupart des aides se font en ligne désormais et il faut créer un espace personnel),
  • la demande de financement
  • le versement des fonds (lorsque la demande est acceptée).

C’est pour faciliter la lecture et la compréhension des critères, et pour ne rien louper.

Exemple. Regarde par toi-même la différence entre :

  • le document n°1, qui est la liste des critères demandés par la SPPF (Page 2. Album. Aide à l’enregistrement)
  • la check-list que j’ai préparée (et que je t’autorise à reprendre si ça peut t’aider, mais mets le à jour s’il faut, c’est juste un exemple !)

Étape 4 : Vérifier le calendrier des commissions et Planifier

C’est une étape délicate parce que ça demande parfois de jongler avec les dates et les aides.

En effet, il faut savoir que chaque organisme a son propre fonctionnement et ses propres critères en matière de calendrier.

Certains organismes, comme la SPPF ou la SCPP, ont des Commissions qui se réunissent plusieurs fois par an pour étudier les projets et accorder les aides.

Donc il faut respecter les dates limites de dépôt des dossiers si tu veux passer à la bonne Commission !

Pourquoi la “bonne Commission” ?

Parce que, par exemple : dans les critères d’éligibilité, tu peux avoir comme condition que ton album ne soit pas encore commercialisé à la date de la Commission. Sauf que. Si tu as déjà prévu avec ton distributeur de sortir l’album en décembre, mais que t’as loupé la Commission de novembre et que la suivante est en février… et bien, ton album sera sorti avant la Commission. Donc c’est mort pour ton aide.

Tu comprends ? Parfois tu dois ajuster ton planning en fonction des aides que tu demandes.

C’est pour ça que tu dois absolument AN-TI-CI-PER tes demandes de subventions.

Il n’est JAMAIS TROP TÔT pour commencer à réfléchir et planifier ses demandes de financement.

Pour t’aider, je t’invite à te préparer un rétro-planning pour chaque aide que tu veux demander avec chaque étape :

  • création de l’espace client en ligne (ne néglige pas cette étape, ça prend parfois du temps d’obtenir les documents demandés)
  • préparation de la demande (ça se fait très souvent en ligne)
  • récupération des documents et justificatifs demandés
  • dépôt du dossier
  • date de la commission
  • versement de l’aide (ou de l’acompte)
  • documents complémentaires à envoyer (factures, justificatifs…)
  • etc.

De plus, tu dois vraiment bien t’organiser si tu demandes PLUSIEURS AIDES en même temps ! Les critères, les calendriers des commissions et les échéances ne seront pas les mêmes.

Attention à bien synchroniser ton planning de travail et tes demandes de financement.

Étape 5 : Calculer le montant des salaires

Ahhh…. les salaires et les conventions collectives !

Pour passer à l’étape 6 qui est la réalisation du budget prévisionnel, tu es obligé.e de passer par la case “calcul des salaires”.

Alors, je ne ferai pas de cours de droit social ici, ce n’est pas l’objectif de cet article, mais je vais te rappeler pourquoi c’est indispensable.

Au risque de radoter parce que je l’ai déjà dit, mais je le répète :

Les aides financières et subventions que tu sollicites, ce n’est PAS LA SÉCURITÉ SOCIALE ou LA MUTUELLE ! Il n’y a pas de “prise en charge à 100%” !

Pas de salaires = Pas d’aides.

Une subvention ou une aide financière ne te financera jamais ton projet dans la totalité !

Le but est d’aider à “boucler” un budget, et surtout d’aider à payer les salaires.

Ça t’aide dans la PRISE DE RISQUE FINANCIÈRE que représente souvent la création et la diffusion des projets artistiques et culturels.

C’est ça l’objectif principal des subventions dans la musique.

Si tu n’as aucune intention de payer quoique ce soit, à qui que ce soit, et que tu veux juste qu’on te “rembourse” ce que tu as dû “dépenser”, alors : PASSE TON CHEMIN.

Quand tu entres dans le domaine des aides financières et des subventions, tu passes dans le monde professionnel.

PRO=GAGNER DE L’ARGENT. Tu te rappelles ?

La plupart des organisations que tu vas solliciter ont pour but de faire CIRCULER l’argent dans la musique.

Mais surtout, le véritable but des aides financières dans la musique est de permettre la création et la consolidation de l’emploi des artistes.

Et aujourd’hui : EMPLOI des artistes professionnels = SALAIRES = paiement des cotisations sociales = respect des montants minimums imposés par la loi.

Et comment est-ce qu’on sait quel salaire minimum on doit payer ?

C’est là qu’interviennent les conventions collectives.

L’importance des conventions collectives

Oui c’est chiant. Je ne vais pas te mentir.

Mais si tu veux devenir PRO dans la musique, tu es OBLIGÉ.E d’au moins savoir ce que c’est. Parce que tu vas en entendre parler très souvent.

Je ne rentrerai pas dans le détail. Mais sache qu’on est là dans le monde du droit du travail (donc très réglementé). Je ne te conseille pas de faire n’importe quoi.

Une convention collective est un texte officiel qui régit les conditions de travail et de salaires spécifiques dans chaque domaine professionnel (hôpitaux, enseignement, métallurgie, restaurateurs, agriculteurs, etc.). Il y en a des centaines en fait.

Dans chaque domaine d’activité, il faut regarder dans sa convention collective pour savoir quel est le salaire minimum et les conditions de travail spécifiques qui s’appliquent. Par exemple, l’aménagement des horaires de travail est différent en restauration, dans les hôpitaux ou les usines automobiles.

Les conventions collectives dans la musique

Donc quand tu remplis une demande de subvention, on va te demander combien de musiciens et techniciens participent à ton projet.

Et combien tu vas les payer.

Bien sûr que tu peux payer PLUS, mais en tout cas tu ne pourras pas payer moins que ce qui est prévu dans les conventions collectives.

Si tu es un label et que tu déclares des musiciens et techniciens pour l’enregistrement d’un album en studio, tu devras regarder dans :

Si c’est pour organiser un concert dans une salle que tu vas louer par exemple, tu devras vérifier le montant des salaires minimums à déclarer dans:

Alors je ne vais pas te mentir là non plus. Ça peut être parfois un casse-tête si tu n’y connais pas grand chose.

Mais il y a pas mal de ressources sur Internet qui peuvent t’aider.

(Il faut au moins que tu saches ce qu’est : le coût employeur, le brut, le net, les cotisations sociales salariales et patronales).

Sinon, un CONSEIL : Tu peux téléphoner à l’organisme à qui tu veux demander une aide (par exemple, l’Adami ou la Spedidam) et leur demander directement le montant des salaires minimums à déclarer. Je l’ai déjà fait et ils répondent très gentiment 😉

Étape 6 : Construire un budget prévisionnel et Estimer le montant de l’aide demandée

Dans quasiment toutes les demandes d’aides et subventions, on va te demander un budget prévisionnel.

Normal, puisqu’on a dit que, quand on demande un financement, c’est pas un casting, on se place sur le terrain économique. Et l’outil principal à disposition, c’est le budget.

C’est même l’élément principal de ton dossier.

Le plus important.

Mais pas le plus facile.

Je crois que ce qui est souvent le plus troublant et perturbant pour les novices, c’est le CONCEPT même du budget prévisionnel. En tout cas, moi, il m’a fallu du temps pour comprendre le sens de cet outil et comment bien m’en servir (y compris dans le pilotage de mes finances personnelles!).

Déjà, à quoi ça sert un budget prévisionnel ?

Première raison invisible et implicite

Vérifier le professionnalisme et sérieux du projet.

Juste à la façon de faire un budget, on peut comprendre en quelques secondes le niveau du projet en face.

A la seule vue d’un budget prévisionnel déséquilibré, c’est-à-dire que les dépenses ne sont pas égales aux recettes (justement, je t’explique ça juste après), il y a ce sentiment qui s’installe que le projet n’est peut-être pas sérieux, qu’il y a une fragilité économique et un manque de professionnalisme.

Ça fait amateur.

Ensuite, deuxième (et principale!) raison

Un budget prévisionnel sert à traduire de façon chiffrée la stratégie de développement du projet. Les professionnels n’ont pas besoin de lire 10 pages de biographie pour comprendre la viabilité d’un projet. Parfois jeter un coup d’oeil sur le budget suffit.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le budget prévisionnel n’est pas un outil pour prédire l’avenir !!

C’est un outil qui aide à anticiper au maximum les dépenses et à imaginer comment on pourrait gagner de l’argent grâce à ce projet.

Ce que regarde les professionnels dans un budget prévisionnel : c’est la COHÉRENCE entre les dépenses que tu prévois d’investir pour développer ton projet et les rentrées d’argent prévisibles.

Exemple d’un budget DONC d’un projet PAS COHÉRENT :

Décider d’investir 15.000€ dans l’enregistrement d’un album avec studio et matos de dingue. Prévoir de vendre 10€ des CD à la fin des concerts. Mais avoir 5 concerts à tout casser prévus cette année. Et prévoir 300€ de budget de communication pour imprimer des flyers.

Tu vois ?

Comprendre la logique économique

Le budget prévisionnel t’oblige donc à intégrer ton projet d’album ou de spectacles dans une LOGIQUE économique.

Et cette logique peut se résumer à cette phrase :

On t’aide PARCE QUE tu prends un risque financier.

On ne t’aide pas pour tout financer à 100%.

On ne t’aide pas non plus si t’as prévu d’exploser ton chiffre d’affaires et qu’en fait t’as pas besoin d’un coup de main financier.

On t’aide à COMBLER LE TROU entre les rentrées d’argent prévisibles et ton investissement de départ. C’est ça une aide pour “boucler” un budget.

Et le montant de ce “TROU” sera (en principe) le montant de l’aide que tu voudras demander.

Dépenses = Recettes

Le principe du budget à l’équilibre

Une des spécificités d’un budget prévisionnel, que je ne comprenais pas du tout au départ, c’est que dans ton tableau :

Le montant total des DÉPENSES doit être strictement ÉGAL au montant total des RECETTES (subventions incluses).

Par exemple :

Tu as prévu de dépenser 8.542,69€ pour enregistrer ton album (salaires + studio). Dans la colonne en face, celle des recettes, tu dois avoir le chiffre : 8.542,69€. Strictement égal donc.

S’il te plait, RETIENS CETTE RÈGLE FONDAMENTALE toute simple. Même si tu ne la comprends pas bien encore.

Dans ton tableau (ou quand tu rempliras ton formulaire), le montant total des dépenses que tu prévois doit être STRICTEMENT ÉGAL, au centime près, au montant des recettes.

C’est ce qu’on appelle un budget prévisionnel “équilibré”.

Comme je disais plus haut, à la simple vue d’un budget déséquilibré, c’est-à-dire lorsque les dépenses ne sont pas égales aux recettes, on voit tout de suite qu’on a à faire à quelqu’un d’inexpérimenté.

Donc on se demande : est-ce que c’est un projet sérieux ? est-ce qu’ils vont vraiment déclarer les salaires ? est-ce que c’est pas des chiffres bidons ? est-ce qu’il vont pouvoir gérer ?

Un budget prévisionnel N’EST PAS un budget réalisé

Pour moi, c’était complètement aberrant au départ. Puisque ce sont des prévisions incertaines, comment est-ce qu’on peut prévoir cette stricte égalité ?

En fait, je voulais montrer dans mon budget que le projet était économiquement viable, donc que les recettes allaient être supérieures aux dépenses !

MAIS NON ! Dans le cadre d’une demande de financement, ce n’est PAS ce qu’on te demande.

Si tu gagnes plus que tu ne dépenses, c’est excellent, c’est même l’objectif, bravo. Mais dans ce cas… Pourquoi est-ce que tu demandes une aide ou une subvention ? Tu n’en a donc pas besoin.

Tu comprends ?

Et là, on en arrive au 3ème intérêt du budget prévisionnel dans une demande de subvention :

Estimer le montant de l’aide qu’on peut obtenir

Le principe fondamental à comprendre

Une fois que tu as listé tous tes salaires, tes achats, tes charges – vraiment TOUTES – tu vas obtenir le montant total de tes dépenses.

Et du coup ? C’est quoi le principe fondamental à comprendre ?

C’est que : sauf exceptionnellement quand il s’agit d’une aide forfaitaire, le montant de l’aide financière est calculé EN FONCTION DU MONTANT DES DÉPENSES.

En effet, généralement, tu peux estimer que la totalité des aides financières que tu pourras demander sera AU MAXIMUM de 30% à 50% de ton budget prévisionnel total. Toutes aides confondues.

Donc :

PLUS TES DÉPENSES SONT IMPORTANTES, PLUS LE MONTANT DE L’AIDE SERA IMPORTANT.

Ce qui veut dire que si tu as prévu de dépenser 300€ : LAISSE TOMBER.

Si tu as 8.542,69€ de dépenses comme dans notre exemple plus haut, tu pourras demander entre 2.560€ et 4.270€ en fonction des aides que tu sollicites.

Si tu as prévu un budget de 18.000€ pour ton projet, a priori, tu pourras demander entre 5.400 et 9.000€.

C’est un principe général, PAS une vérité absolue. Ça dépend des critères de chaque organisme.

C’est pour t’aider à comprendre la logique de la demande de financement.

L’aide précieuse des valorisations

CONSEIL PRÉCIEUX !

Tu peux (dois!) également VALORISER tout ce qui t’a été offert. Même si tu n’as pas payé, ça a une valeur.

Exemples :

La Mairie de te met à disposition une salle, un ami te prêt son studio pour 2 jours, l’imprimeur t’offre 500 flyers gratuits… On doit retrouver la “valeur” de ces services dans ton budget. N’hésite pas à demander des devis.

Parce que, tu l’auras compris : Plus tu augmentes ton budget de dépenses, plus tu peux augmenter le montant de l’aide demandée.

Donc si tu peux intégrer des dépenses que tu n’as pas faites “matériellement”, c’est-à dire de l’argent que tu n’as pas sorti mais qui correspond à des VRAIS services ou prestations, intègre-les dans ton budget !

C’est une TECHNIQUE comptable et financière absolument légale qu’il est important d’apprendre à maîtriser.

Voilà, je m’arrête là pour le budget. C’est un chapitre costaud tu as vu.

Et tout l’art de la demande de subvention est de maîtriser le budget prévisionnel et savoir optimiser les dépenses et les recettes pour pouvoir aller demander le MAXIMUM d’aides auxquels le projet peut prétendre.

Étape 7 : Rédiger sa demande, et soigner sa présentation

Tu as remarqué ? La rédaction de ta demande, ta biographie, ton histoire, ton projet, tout ça, c’est en dernier.

J’ai commencé un peu brutalement en te disant “Ta musique. On s’en fout”, et c’est vrai.

Par contre, attention, ça ne veut pas dire que tu vas présenter un torchon ou des textes bidons. Je dis que ton projet ARTISTIQUE n’est pas la priorité et n’est PAS ce qui est jugé.

Mais la façon de présenter, le soin et le sérieux apporté à la constitution du dossier, bien sûr que c’est important.

Parce que ce qui compte, c’est montrer que tu es un.e PROFESSIONNEL.LE. Lorsqu’un dossier est bien écrit, sans fautes d’orthographe, que les photos sont jolies, ça donne envie de t’aider.

L’important n’est pas de “raconter ta biographie”. L’essentiel est de donner toutes les informations et les éléments qui montrent que tu es PRO et ton projet est SÉRIEUX !!

Quand tu écris que tu as collaboré avec tel artiste connu par exemple, c’est pas pour que les membres de la commission se disent “waou il connait machin, il doit trop bien jouer de la guitare”.

Par contre, le fait que tu connaisses machin, ça va dire quoi ? Je suis intégré à un réseau professionnel, j’ai des contacts qui vont m’aider à vendre (parce que c’est le fan qui va se dire “waou il connait machin, donc ça doit être bien”, DONC il va ACHETER tes produits, venir à tes concerts). Tu captes la différence ?

Plus tu montreras ton projet sous cet aspect économique et commercial, plus tes chances d’obtenir des aides financières augmenteront (mais ça vaut aussi pour le mécénat, le sponsoring, etc.)

Pour finir, une précision importante !

DEMANDER NE VEUT PAS DIRE OBTENIR.

Personne ne peux te garantir 100% de chances de réussite.

Par contre, moi je peux te garantir quand t’as 100% de chances de se faire jeter 😉

Donc tout ce que je t’ai expliqué là c’est pour te permettre :

  • d’augmenter tes chances de succès

ET SURTOUT :

  • de te faire gagner des dizaines d’heures de travail inutile en te permettant de réaliser que ça ne vaut peut-être pas le coup de demander une aide pour ton projet cette fois-ci…

Des questions ? Des doutes ? Des expériences à partager ? N’hésite pas à laisser un commentaire !


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2 réponses à « Les 7 étapes-clés pour monter un dossier de subvention en béton »

    1. Ravie que l’article t’ait été utile Jean ! 😉

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