Label, maison de disque, major, producteur… Qui fait quoi ?? Help !


Juridique, Music Business /
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Label, maison de disque, producteur, éditeur, majors, indé….argh ! Tu te sens perdu.e ? Pas de panique. Déjà, c’est une bonne chose que tu sois là, ça veut dire que t’y intéresses.

Parce que beaucoup de jeunes artistes ou entrepreneurs débutants dans la musique utilisent des appellations et des mots sans trop savoir ce que ça veut dire exactement ni d’où ça vient.

En soi, je te dirai que ce n’est pas dramatique.

Mais dans le fond, ça peut l’être…

Parce que si tu n’utilises pas le bon vocabulaire, ça veut dire que tu ne sais pas bien de quoi il s’agit. Et en face, si tu es avec quelqu’un de plus expérimenté, avec un “vrai” professionnel de la musique, il va le capter en 2 secondes.

C’est comme si on te propose du Roquefort à table, et que tu dis “mmmm j’adore le Camembert!”. On voit que t’aimes le fromage mais que t’y connais rien 🙂

Donc si tu dis “producteur” au lieu d’ “éditeur”, tu dis “artiste” au lieu d’ “auteur-compositeur”, tu dis “royalties” au lieu de “cachet”, en soi rien de grave.

Sauf dans 2 situations :

  • Sauf, si tu tombes sur un filou (oui, ce mot existe encore!) et qu’il sent en toi la brebis égarée qui n’y connait pas grand chose. Trop tentant de te proposer un deal bien pourri en te vendant du rêve et des paillettes.
  • Sauf si en face c’est un professionnel sérieux et expérimenté qui cherche à collaborer…avec quelqu’un comme lui ! : un autre pro sérieux et qui connaît le business, pas un amateur. Aujourd’hui, même si t’es artiste, on attend de toi un minimum de connaissance du business de la musique.

Alors, je t’explique dans cet article les quelques confusions majeures que j’observe.

Tu peux aussi aller lire mon article sur les droits des artistes-interprète.

Label ou Maison de disques ?

Je suis sûre qu’en 2156, il y aura encore des recherches sur Internet (ou l’équivalent dans le futur) pour savoir quelle est la différence !

Maisons de disques

Une maison de disques, c’est tout simplement une société qui produit des disques = qui enregistre des disques.

Pourquoi on dit “maison” ? comme maison d’édition par exemple ? Je ne sais pas. J’imagine que c’est parce qu’il y a l’idée de “pool”, d’une équipe de jeunes talents développés par la “maison”. Ça fait moins peur et plus artistique que “société. Mais ça n’a aucune importance.

Une “maison de disque” c’est l’activité d’une société qui enregistre des disques.

Si on s’en tient à cette appellation, on s’en fiche de la taille de la société. Tant qu’une entreprise finance l’enregistrement de disques, c’est une maison de disque.

Des quoi ? Des disques ? Oui !

Comme tu t’en doutes, à l’époque où tout a commencé, il n’y avait ni mp3 ni Youtube. Donc une société qui voulait produire des artistes et enregistrer de la musique le faisait forcément sur un disque : Vinyle d’abord, CD par la suite.

Bien sûr, aujourd’hui, il est possible d’enregistrer de la musique sans la fixer sur un support physique (CD ou Vinyls).

Mais l’appellation est restée. Jusqu’à quand elle restera, je ne sais pas.

Un Label alors, c’est quoi ?

Pour dire les choses simplement, retiens que : Un “label”, ça vient du mot anglais “label”, prononcé “lèèybeul” (avec l’accent british), et ça veut tout simplement dire…. ÉTIQUETTE !

Donc un label, c’est tout simplement une marque, une étiquette, le NOM d’une société.

qu'est ce qu'un label dans la musique

Dans la musique, à l’origine, on a commencé à parler de LABEL DISCOGRAPHIQUEpour désigner le nom d’une société qui produit des disques.

“Label discographique” est devenu juste Label.

Ça veut dire qu’une maison de disques est un label ?

OUI Exactement !

Le “label” c’est juste le NOM d’une entreprise qui produit de la musique.

On peut donc dire que toutes les entreprises qui produisent des enregistrements (sous forme numérique ou physique) sont des labels !

Universal Music est une maison de disques. Universal Music est un label aussi.

Aujourd’hui, on commence à parler de “net labels” pour désigner les sociétés qui produisent des enregistrements numériques uniquement qui ne sont diffusés que sur Internet et qui ne font donc plus de disques.

Donc à partir du moment où tu montes ton asso pour produire ton propre EP ou album >>>> tu crées ton propre label !! 😉

Est-ce que c’est plus clair ?

“Label”, c’est le nom de l’entreprise.

“Maison de disque”, c’est une activité.

Sachant qu’au sein d’un label, il peut y avoir plusieurs activités.

Dans les gros labels, il y a souvent différentes activités :

  • l’activité “maison de disque” = c’est-à-dire l’enregistrement, la production phonographique comme on dit
  • il y a souvent l’activité “éditions” qui s’occupe plutôt de la partie écriture et composition (qu’on ne développera pas ici)
  • il y a de plus en plus une partie “concerts/tournées” dans les labels qui veulent gérer eux-mêmes les tournées de leurs artistes

Universal Music, Tôt ou Tard, Wagram ou encore Underdog Records sont des labels de taille différente, avec chacune une activité de production et d’enregistrement (donc ce sont des “maisons de disques”), mais elles ont également d’autres activités liées à la musique.

Des labels dans un label ??

Depuis le début de la musique enregistrée, l’histoire des labels c’est un grand souk : Qui rachète qui ? Qui revend qui ?

C’est l’histoire de l’expansion de quelques gargantuesques sociétés qui ont rachetés des dizaines et des centaines de petits labels.

Mais souvent, les petits labels rachetés par le grand groupe, conservent leur spécificité et leur esthétique musicale.

Lorsque la Motown est rachetée par Universal Music, le label/le nom “Motown” est conservé même s’il fait désormais partit du groupe Universal Music. Quand tu vas sur le site de la Motown, tu ne vois même pas parler d’Universal. C’est si tu regardes le pied de page tout en bas que tu vois que le site a été créé et appartient à Universal.

Un exemple parmi des centaines d’autres.

Dans la même logique de différenciation et de spécialisation, il arrive très souvent également que les maisons de disques qui grossissent créent des “sous-labels” pour différencier leurs activités ou les esthétiques musicales.

La maison de disque va créer un label dédié au pop/rock, un label dédié à la musique classique, etc.

Et le Producteur, c’est qui alors ?

Quand on parle de “producteur”, que ce soit de musique, de cochons, de fleurs ou de cinéma, on parle de la personne qui est à l’initiative de la création du produit et qui est en financièrement responsable, et propriétaire.

J’en parle plus en détail dans mon article sur le contrat d’artiste.

Contrairement à “maison de disque” ou “label” qui sont des expressions du langage courant et du jargon de la musique, la notion de “producteur” est une notion juridique.

Le Producteur phonographique

Dans une maison de disque, l’activité principale est l’enregistrement = la production “de disques”, qu’on appelle la “production phonographique“.

Donc le label qui est à l’initiative de l’enregistrement et qui en est financièrement responsable (= QUI PAYE les musiciens, techniciens, ingé son, studio, matos…) a le statut de PRODUCTEUR PHONOGRAPHIQUE.

Pourquoi “phonographique” ?

Parce qu’à l’époque le producteur enregistrait des phonogrammes … à l’aide d’un phonographe !

Oui, à l’ère du mp3, de la 3D et des hologrammes, on emploie encore dans les contrats des références au phonographe, c’est génial.

un phonographe, l'origine de la production phonographique, la production de disques
Le phonographe d’Edison

Donc encore aujourd’hui, dans le jargon juridique de la musique et dans les contrats, un PHONOGRAMME est un enregistrement sur un support, qu’il soit physique ou numérique.

T’as enregistré un titre, un EP, un album ? Juridiquement, c’est un phonogramme.

Mais alors un producteur phonographique et une maison de disque c’est pareil ?

En fait, on peut dire que oui.

“Maison de disque” c’est l’activité générale de l’entreprise, alors que “producteur phonographique” est plutôt un statut juridique qui découle de son activité.

You’re a Producer ? Non, un Producteur !

Alors, Attention !!

Confusion énorme entre le “producteur phonographique” dont on vient de parler et la notion de “producer” anglo-saxonne.

Tu te rappelles les “FAUX-AMIS” qu’on étudiait en cours d’anglais ? Celui-là, je suis sûre qu’on ne t’en avait pas parlé 😉

Un “producer” américain est en général l’équivalent en France d’un réalisateur artistique. PAS d’un producteur phonographique. Il PEUT l’être aussi, mais PAS forcément !

Pour schématiser, on peut dire que le “producer” ou réalisateur artistique travaille dans un studio et il touche à pleins de boutons comme dans un cockpit d’A380. Il bosse avec un ingé-son (voire il est lui-même ingé-son), c’est lui qui dirige l’aspect artistique de la réalisation de l’enregistrement en studio. Typiquement, on peut citer le travail de Dominique Blanc-Francard et Bénédicte Schmitt du studio Labomatic à Paris.

Mais DERRIÈRE tout ça, celui qui PAYE le studio, les musiciens, le réalisateur artistique ET qui est PROPRIÉTAIRE de l’enregistrement : c’est le PRODUCTEUR PHONOGRAPHIQUE !

Une fois que tu as compris ce qu’est une maison de disque, un label et un producteur (=> et que t’as compris que c’est souvent 3 façons différentes de dire la même chose !!), il y a une autre “classification” dans la musique qui mérite d’être évoquée.

Majors ou indépendants ?

Pour certains, cette distinction entre les “majors” et les labels indépendants (les “indé”) est politiquement et économiquement très importante. Pour d’autres, elle n’a pas (plus) trop de sens.

Tu te feras ton propre avis.

Il n’y a pas de définition “officielle”. Comme souvent dans la musique, certaines expressions viennent des Etats-Unis, et d’une époque qui n’a plus trop grand chose à avoir avec aujourd’hui. Donc on ne sait plus pourquoi, mais on continue à dire ou faire telle ou telle chose.

Les 3 majors

Les “majors”, elles ne sont plus que 3 aujourd’hui : c’est Universal Music, Sony Music et Warner Music. (EMI a rendu l’âme il y a quelques années).

Universal Music une des trois majors de l'industrie musicale

Je vais essayer de schématiser parce que l’histoire de la création des majors est assez complexe, mais grosso modo, on peut se représenter les choses comme ça.

Ce sont des sociétés qui ont été créé par des groupes qui n’étaient pas spécialisés dans la musique au départ (mais plutôt dans la radio, la télévision, l’électronique…).

Donc les nouvelles sociétés qui étaient créées (Universal Music, Sony Music, Warner Music) étaient en quelque sorte les “BRANCHES MUSIQUE” de grands groupes industriels ou de télé-communications.

D’où, le débat ensuite sur leur indépendance et leur liberté d’action. Trop d’actionnaires derrière, trop d’enjeux économiques internationaux.

Ces sociétés ont été créées pour développer le business, pas par passion pour la musique.

Du coup, dans une logique de système industriel, elles ont commencé à vouloir intégrer et maîtriser toute la chaîne de production musicale : écriture et composition, enregistrement, commercialisation, promotion, distribution, spectacle, merchandising, management.

Elles sont devenues gigantesques et génèrent aujourd’hui la majorité des échanges économiques de la musique. Et c’est pour ça qu’on a commencé à les appeler “majors”.

Et du coup, tout le monde a commencé à parler naturellement d’ “industrie” de la musique. Moi cette expression ne me plait pas tellement. Je préfère plus souvent parler d’économie de la musique.

Parce que, comme dans l’agriculture par exemple, tous les modèles économiques ne sont PAS industriels. Il n’y a pas de norme, il n y’ a pas qu’une façon de faire, il y en a des milliers.

Les labels indépendants

Donc, mises à part les 3 majors, toutes les autres structures existantes, sont devenues automatiquement des labels “indépendants”. Dans leur capital social, pas d’actionnaire qui fabriquaient des réfrigérateurs, des câbles ou qui produisaient des émissions télé.

Petit à petit, la distinction a commencé à porter un message politique. Celui de l’opposition entre un système industriel de rentabilité à court-terme et un savoir-faire artisanal qui privilégie l’engagement sur le long-terme. Débat qu’on retrouve dans beaucoup d’autres domaines que la musique (santé, éducation, agriculture…).

Puis, comme souvent, l’opposition est devenue :

  • les grands contre les petits
  • les méchants contre les gentils
  • l’argent contre la passion

Et comme toute opposition, elle est devenue stérile.

L’opposition créé de l’opposition, alors j’ai du mal à voir à quoi ça mène. Mais ça c’est mon regard personnel. T’as le droit de ne pas être d’accord bien entendu.

Pour terminer, je partage la phrase d’un directeur d’un petit label qui s’agaçait un jour de cette opposition entre majors et indé, en disant : “Mais de quelle indépendance on parle ? Il y a des milliers de petits labels qui sont archi dépendants ne serait-ce que de leur banquier ! Ils ont un modèle économique très fragile, complètement dépendants des découverts autorisés et des prêts de la banque, des subventions de l’Etat, et ont souvent très peu de liberté d’action”.


Dis moi dans les commentaires : Est-ce que c’est plus clair pour toi ? Est-ce qu’il y a d’autres confusions que tu fais ? d’autres expressions que tu entends dans la musique et qui sont encore obscures pour toi ? Dis moi tout !


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