Signer un Contrat avec un LABEL : Conseils pour bien NÉGOCIER (#2)


Juridique /
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On continue cette série d’article où je te partage 3 conseils de base pour adopter le bon état d’esprit avant de négocier avec un label.

Le premier conseil était simple, mais d’une grande puissance : celui d’oser poser des questions.

Le deuxième conseil dont on va parler aujourd’hui est lié à l’importance de bien définir tes objectifs.

Conseil #2 : Définis bien tes objectifs avant de négocier !

1. Définir un objectif, c’est établir une frontière

Définir tes objectifs, c’est indispensable si tu veux savoir QUOI négocier et QUOI défendre.

Ça paraît évident, non ? Comme le conseil d'”oser poser des questions”, c’est vrai. Mais regarde autour de toi. Les choses les plus simples sont souvent celles qu’on ignore.

La définition des objectifs est un exercice et un temps de préparation que beaucoup de personnes négligent ou zappent complètement.

Définir ses objectifs c’est une façon de délimiter la frontière entre ce qu’on est prêt à accepter et ce qui n’est non-négociable pour nous. C’est une condition essentielle pour éviter de se faire avoir et de se retrouver à signer n’importe quoi et se retrouver emprisonné dans une situation défavorable.

Parce que, une arnaque, c’est une frontière franchie.

Et quoi de plus simple quand il n’y a aucune frontière ?

Donc à toi de définir tes limites, les frontières à ne pas franchir.

Et établir une frontière, donc définir tes objectifs t’amène nécessairement à faire un truc qu’on est beaucoup à ne pas aimer faire : prendre ses responsabilités. Aïe. Et là tu comprends pourquoi on zappe cette partie…

2. Prendre ses responsabilités. Argh.

>> Arrêter d’accuser les autres. Dur dur.

Je répète ici ce que j’ai dit pour le conseil #1 : oublie les arnaqueurs, les producteurs véreux et les requins.

Prendre ses responsabilités, ça veut dire précisément ARRÊTER d’accuser les autres et l’extérieur.

Ça veut dire accepter que QUOIQU’IL T’ARRIVE, c’est la conséquence d’un de TES CHOIX.

C’est difficile, je sais bien.

La question de notre responsabilité face à ce qui nous arrive est une question hautement philosophique, sociologique, voire même quantique et spirituelle. Donc on ne va pas régler la question en un article de blog 🙂

Mais, si ça n’est pas déjà le cas, je t’invite à prendre conscience au moins que cette question EXISTE : “Est-il possible que je puisse être considéré.e comme responsable de TOUS mes choix ? et donc de tout ce qui m’arrive dans la vie ?”

Ça peut te paraître hors sujet, mais pour moi, c’est une question indissociable de la négociation de contrats.

Pourquoi ?

Parce que signer un contrat, c’est décider, c’est s’engager. C’est faire un CHOIX.

Je ne peux pas le dissocier de la question de responsabilité.

Et c’est ta meilleure défense (avec ton intuition) contre les pièges et arnaques que tu crains tant, contre les plans foireux et les personnes mal intentionnées.

>> Responsabilité et Industrie de la Musique

POURQUOI, depuis plus d’un demi siècle, ce sont les producteurs et les labels qui ont imposé leurs contrats, leurs conditions et leurs façons de faire aux artistes…?

Parce que les chiffres et les contrats, ça leur fait mal à la tête aux artistes. Donc ils ont abandonné leur responsabilité, ils ont laissé leur part du gâteau aux labels.

Des années plus tard, certains artistes crient au scandale parce que les producteurs se gavent sur leur dos.

Et bien, je ne suis pas d’accord avec cette façon d’exprimer les choses.

A une époque, ça a arrangé certainement pleins de monde que ça se passe comme ça.

Les fantasmes d’avoir un super “papa-manager-tinquiète-jemoccupe-de-tout” ou d’une géniale “mam-assistante-et-plus-si-affinité”, étaient bien réels.

Et même plus qu’un fantasme, c’était un mode de fonctionnement qui a mené à l’infantilisation de beaucoup d’artistes et à leur soumission à un cadre juridique, économique et commercial qu’ils ne comprenaient pas.

Pourtant, c’est eux qui étaient la SOURCE de tous ces milliards de flux financiers !!!

C’est ce dont je parle dans cet article : “Mais Qui Contrôle l’industrie de la musique ? Une évidence oubliée”

Oui, c’est un sujet qui me titille c’est vrai.

Parce qu’en réalité, ça va beaucoup plus loin que la musique.

La musique n’est qu’un des nombreux domaines dans lesquels nous avons, chacun d’entre nous, abandonné notre responsabilité.

Et non seulement je pense qu’il est temps que ça change. Mais je crois que c’est EN TRAIN de changer. Et ça me réjouit 🙂

>> Négocier, c’est prendre sa part du gâteau !

La négociation de contrat, pour moi, c’est comme un gâteau d’anniversaire posé sur la table. Il est là pour tout le monde. Et il doit être mangé. Dans la nature, il n’y a pas de gaspillage.

Donc, t’en veux qu’une toute petite part ? T’es au régime ? Tu veux pas goûter ? T’aimes pas le chocolat ? OK, c’est pas grave. Il y aura toujours quelqu’un d’autre pour manger ta part.

Chacun cherche à défendre au mieux ses intérêts, et c’est normal, c’est comme ça qu’on trouve un équilibre sain.

Mais dans une négociation de contrat, s’il y en a un qui abandonne la partie, l’autre va se tailler la plus grosse part du gâteau. Et souvent c’est ça qui créé un déséquilibre.

ATTENTION. Je ne dis PAS qu’il n’y a pas de gens mal intentionnés et de prédateurs dans les affaires. Oui, il y en a. Mais je pense qu’il y en a beaucoup moins que ce qu’on se raconte. Et puis, pourquoi ça serait toi la proie de ce prédateur ?

A mon sens, les “arnaqueurs” et “requins” en tout genre ne sont que des personnes qui, COMME PLEINS D’AUTRES GENS (y compris des ARTISTES), ne s’intéressent qu’à leurs propres intérêts. Ils ne cherchent qu’à exploiter et tirer profit au maximum. Je ne dis pas que c’est intelligent. Mais en tout cas ça n’est pas pas pour nuire. C’est pour en avoir plus pour eux. C’est tout.

Ça rejoint ce dont je parle justement dans l’article sur le “Tue-Business”quand je rappelle que l’objectif de la personne en face de toi est de réaliser…SON rêve, pas le tien !

Donc, dans la musique, j’ai constaté que très souvent les problèmes ont surgi, non pas parce que des gros producteurs “véreux et cupides” mal intentionnés ont voulu tout manger, mais surtout parce que les artistes en face, eux, s’étaient complètement désintéressés des questions de droits et d’argent.

Parce que dans une négociation de contrat, c’est principalement de droits et d’argent qu’il s’agit. Ne l’oublie pas.

Si les questions de droits et d’argent ne t’intéressent pas, l’autre en face ça l’intéresse. Pourquoi lui en vouloir après parce qu’il se sert copieusement ? Le gâteau était là pour tout le monde. Tu ne t’es pas servi.

Ne te moque pas de mes dessins ! 🙂

Donc, n’aies pas peur et OSE PRENDRE TA PART DU GÂTEAU !! C’est pour ça que tu as besoin de bien définir tes objectifs.

3. Comment définir ses objectifs avant un négociation avec un label

Pour réfléchir à ses objectifs, pas besoin d’être Bac +12 ou expert juridique international

Je vais te partager quelques questions que tu peux te poser pour préparer ton rendez-vous avec un label

Avant ça, une petite parenthèse. Je vais te dire une chose importante.

MÊME SI tu es accompagné.e par un avocat, ça ne change rien. Ne te dédouane pas te de TA responsabilité parce que tu as un manager, un avocat ou quelqu’un pour t’accompagner.

Le rôle de l’avocat ou du manager est justement de T’ACCOMPAGNER, de T’AIDER à atteindre TES objectifs dans une négociation. Je te rappelle que TU payes l’avocat, que TU payes (normalement) ton manager pour qu’ils t’offrent leurs services. Ils sont là pour t’aider, pas pour t’imposer ce que tu ne veux pas faire ou te dire ce que tu dois faire.

Ils vont t’apporter des connaissances juridiques, techniques ou autres, pour t’aider à avancer vers ton but.

Donc ce qui importe, c’est que tu leur donnes une boussole. C’est toi qui décides de la direction à suivre.

Tu dois donc savoir ce que tu veux ou ce que tu ne veux pas pour que ton avocat ou ton manager puisse te défendre au mieux.

Voilà pour la parenthèse.

Donc concrètement quels objectifs tu définis ? Comment tu délimites les frontières entre ce qui est acceptable pour toi et ce qui ne l’est pas.

>> La première question fondamentale est : POURQUOI veux-tu signer ce contrat avec un label ?

Qu’attends-tu que ce label t’apporte ? Qu’est-ce que tu imagines ? Quelle est la vision que tu as de ta carrière ? Quelles sont tes valeurs ? Tes ambitions ? Tes objectifs de vie ?

Réponds-y honnêtement.

Souviens-toi que malheureusement beaucoup de personnes, et notamment les artistes, se trompent souvent de succès. Ne cours pas après un succès et un chemin qui n’est pas le tien. C’est ce dont je parlais dans mon article sur l’illusion du succès dans les Mythes & Bullshits de la Musique.

Est-ce que tu crois qu’avant de signer son contrat, Britney Spears s’est posée la question de ses objectifs…?

Ton objectif, c’est ta boussole pour protéger au mieux tes intérêts dans une négociation avec un label.

Et à ce propos, je t’invite à regarder la génialissime conférence TedX de Simon Sinek “Comment les grands leaders inspirent l’action ?”. Hors sujet ? Pas vraiment. Un tableau, un stylo, un schéma, 3 mots. Et le mec t’offre une clarté incroyable sur le marketing…enfin non, sur la vie. Et justement il parle de ce fameux “pourquoi”.

Donc après, si tu veux signer avec un label, c’est que tu penses que tu as besoin de quelqu’un pour t’aider à développer ton projet.

>> La questions suivante à te poser est donc : COMMENT veux-tu développer ton projet ?

En as-tu une idée très précise de la façon dont tu veux développer ton projet ? Ou au contraire as-tu besoin d’aide pour clarifier la direction à donner à ton projet ? Quelle genre de collaboration imagines-tu ? Sur le long terme ? le court terme ? Tu veux devenir n°1 sur un territoire ? Quel territoire ? Tu veux te déployer dans tel ou tel réseau ? tel style de musique ?

>> Ensuite, concrètement : DE QUOI as-tu besoin ?

  • d’un RÉSEAU ? : Quel genre de réseau ? Un genre musical en particulier ? Sur quel territoire ? En France ? Au Pérou ? Au Japon ? Est-ce que ce label a les moyens de développer ton projet dans ce territoire ? Comment le label est-il implanté dans ce territoire (il a un « contact », il a une filiale ?) ? Qui sont ses contacts ? Par qui est-il distribué ? …
  • d’ARGENT ? : Combien ? Pour faire quoi ? Tu rembourses comment ? Est-ce que tu sais combien coûte ce que tu demandes ? Comment vas-tu toucher cet argent ? Quand ? Connais-tu le système des droits d’auteur et des droits voisins ? …
  • de COMPÉTENCES ? : Lesquelles exactement ? Des compétences musicales, artistiques ? commerciales, marketing ? juridiques, administratives ? Qu’est-ce que tu peux faire tout.e seul.e ? Qu’est-ce que le label va pouvoir t’apporter que tu ne peux pas faire seul.e ? …
  • de TEMPS ? : Le label a-t-il du temps à accorder à ton projet ? Combien a-t-il d’autres projets à gérer en même temps ? Avez-vous la même notion du temps ? Comment imaginez-vous le long terme ? …

etc.

Creuse chacune de ces catégories. Et essaie de répondre à ces questions et d’autres encore. Va aussi loin que tu veux.

LA NÉGOCIATION COMMENCE ICI. Ce n’est pas aussi compliqué que ce que tu imagines. Négocier un contrat ça n’est pas si difficile si tu as une idée claire de ce que tu veux.

Un dernier conseil !

Note sur un papier ce qui est « non-négociable » pour toi. Et garde ce papier avec toi quand tu iras négocier. Relis-le avant de signer et demande toi si ce que tu signes respectes tes aspirations profondes et va te permettre d’arriver là où tu veux ?

Le « non-négociable » c’est ta frontière. Les choses qui te feront claquer la porte sans regret.

Et du coup, quand le « non-négociable » est clair, ça laisse beaucoup plus de souplesse et de flexibilité pour négocier le reste et trouver des compromis.


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